ROBOCOP CITY

Robert Norton :

I’m Robert Norton. I’m the developer of the Robocop programme for OCP and you’ll be meeting Robo in a minute.
He is the most technologically advanced law enforcement product to date. I’d like you to meet him now. You can only ask him a couple of question, OK ? Don’t take too much time. And I’ll be right here. Robo, come on in. These men are gonna talk to you for a minute, OK ?

Journalist :

Robo, do you know why you were created ?

Robocop :

I stop crime.

Ces dialogues ne figurent pas dans le film. Ils sont issus d’une séquence coupée que l’on peut voir à travers les images vidéos du making of… C’est une scène de conférence de presse, la machine y est présentée dans toute sa flamboyance métallique aux côtés du personnage Robert Norton, directeur du programme. Image vidéo, son micro-cravate institutionnel, ambiance de salon ; tant que la caméra reste en gros plan sur Norton, l’impression de voir un de ces banals dirigeants présenter la dernière « option » électronique contre l’insécurité nous apparaît bien réelle, comme une archive. Bien sûr, dès qu’il apparaît, le Robot prête plutôt à rire de son aspect gadget pour enfant. Mais tout de même, nous sommes irrésistiblement frappé par une étrange sensation de déjà-vu… Ce son de conférence, cette couleur d’image, cette manière de prononcer les discours, le cœur même du discours… Cela nous rappelle quelque chose d’habituel, presque comme une rengaine, comme un automatisme… Surtout lorsque l’on habite au Etats-Unis, à Detroit, au milieu des années 80…
Si cette conférence avait vraiment existé, elle aurait, sans nul doute, eu lieu au COBO, palais des congrès de la ville de Detroit, dont le logo eighties, reproduit 10 000 fois sur la moquette du hall, inspire non seulement le nom du robot, mais également sa désignation typographique typique de la modernité graphique de l’époque : emphatique, arrondie, puissante. Sur la promenade qui longue le palais et le fleuve, nul flâneur romantique, mais plutôt des policiers, privés pour la plupart, dont l’activité unique est d’observer l’horizon, la main sur le revolver… Leur travail, plusieurs heures par jour, ne réside que dans cette seule fonction… Le nombre de policiers présents servant d’indicateurs au nombre de conférenciers, que l’on imagine traverser les couloirs en toute sécurité, appuyant leur pas sur les milliers de petit COBO.
Nul doute que Verhoeven a vu de la science-fiction dans ces rues. Imaginons le au cours de son repérage dans cette ville décadente, ancien symbole de l’industrie automobile, promenons-nous à ses côtés entre les tours abandonnées du vieux Detroit, noyées par la fumée du crack, au fond sonore rythmé par la rivalité entre coups de feu lointain et sirènes en tout genre… Accompagnons-le dans sa visite de la forteresse ultra sécurisée du Renaissance Center, roulons avec lui à travers les banlieues désertées, qui s’étendent à l’infini. Plongeons avec lui dans l’histoire du cinéma américain, en regardant de nouveau Les Temps Modernes, ce chef d’œuvre de Chaplin, lui-même inspiré à l’époque par la ville et les usines de Detroit…

 

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Delta-City

Le Renaissance Center est considéré, par les habitants eux-mêmes, comme une forteresse du pouvoir. Construit dans les années 70, il apparaît comme l’emblème de la réaction pré-reganienne, entamant le processus de construction de cette fameuse société de la peur, répandue à présent sur tout le territoire américain, ou presque… Basé sur l’idée promotionnelle que cette partie du centre ville, une fois rénovée, amènerait une nouvelle prospérité économique à la ville, le Renaissance Center traduit en réalité l’angoisse des classes dirigeantes, livrés à la décadence des fumeurs de crack et des voyous dégénérés en tout genre qui ont commencé à occuper le terrain des magasins vides du downtown, pourtant si animé, autrefois. C’est un peu comme si les joyeux habitués du lèche-vitrine, l’esprit occupé à savoir si le jaune ou le vert serait de meilleur augure pour leur prochain costume de sortie, avaient été remplacés, un à un, lentement mais inexorablement par des individus sombres, à la démarche douteuse, et à l’haleine fétide… Plongées ainsi en quelques années dans un film de Romero, les entreprises ont sauté sur l’occasion pour abandonner aux zombies les tours du vieux Detroit et se précipiter dans la forteresse, au chaud, et en sécurité…

Véritable labyrinthe de glace et de béton agrémentée ici et là, de modèles automobiles étincelants de chrome, cette ville dans la ville, concentre le siège de nombreuses compagnies (dont General Motors au sommet), un hôtel Marriot, un centre commercial, des salles de conférences, plusieurs restaurants, etc. Grâce à milles caméras et gardes privés armés jusqu’aux dents, les cols blancs peuvent en toute sécurité y travailler, manger, faire du shopping. Ils peuvent même sortir du centre sans mettre un pied dans la rue à l’aide de passage piétons aériens et du PEOPLE MOVER, métro également aérien, cerclant toute la zone qui connecte le centre aux autres buildings modernes du centre ville. Ainsi, à partir du moment où leur voiture est garée, les cols blancs vivent au-dessus du sol, quoi qu’ils fassent, jusqu’au soir, loin, très loin des paumés qui parsèment le centre ville…

Et c’est pourtant dans ces tours, que se concentrent les pouvoirs de la ville. General Motors est responsable des revenus, de la retraite, et de l’assurance vie de la plupart des habitants de la ville… On peut lire dans les recoins du centre commercial des discours débordants d’humanisme sur le rôle que joue les compagnies pour le bien des populations… À l’instar de l’OCP, qui possède les hôpitaux, les assurances santé, les transports, l’énergie, et même la police… Le Renaissance Center, c’est donc bien le siège de l’OCP, dont les ascenseurs vertigineux semblent avoir marqué Verhoven, qui les reproduit à plus grande échelle, en effets spéciaux, dans toutes les scènes où les dirigeants se rendent à leur réunion. Et c’est une seconde forteresse, à l’image de la première, que l’OCP propose de construire à la place du vieux downtown : Delta-city. En référence bien sûr, au nom de la ville : Detroit/Delta, mais aussi à cette simplification du langage si propre à cette ville industrielle, dont on se demande si elle n’aurait pas servi d’inspiration à Georges Orwell… Dans 1984, la simplification sémantique sert clairement à rendre le système plus efficace, dans le sens du contrôle des esprits, mais également dans un sens industriel. Plus le mot et la fonction sont réduits, plus la production augmente… Rappelons nous des premières séquences des Temps Modernes, où le langage vocale n’apparaît que réduit de sa plus pure efficacité : « man ! section 5, more speed, 47 ! Quit stalling, get back to work !».

Mais comme dans le roman d’Orwell, la volonté de réduire la vie à sa plus simple expression pratique ne s’arrête pas aux portes de l’usine… Au sein d’une discussion tendue avec un trafiquant, à l’ambiance sonore rythmée par l’armement mécanique de flingues en tout genre, le grand méchant tueur de flic (l’assassin de Robocop), prononce, tout sourire, avec un brin de mélancolie « Les Tigers jouent ce soir ! Et je n’ai jamais raté un match… ». Allez voir par vous-même un match de base ball à Detroit, car il est vrai que les habitants ne manquent quasiment aucun match, faute d’autre divertissement… Suivez-les, vous y verrez comment, la rue, les magasins et le stade, fonctionnent à l’unisson avec l’usine… Ce n’est pas la simple prérogative : « applause » qui revient en boucle toute les 30 secondes, c’est aussi les joueurs qui ont chacun leur musique attitrée lorsqu’ils rentrent sur le terrain, plus faciles ainsi à identifier, des écrans géants affichant partout des statistiques, montagnes de chiffres accusant les performances des joueurs, remaniés en temps réel. À chaque fois qu’un membre du public est filmé et se retrouve sur l’écran géant à la vue du monde entier, il se doit d’être joyeux et de crier sa sympathie à l’égard des Tigers, Et si l’équipe marque un point, un rugissement géant de tigre fait vibrer le stade tandis que des trombes d’eau surgissent de l’immense logo GM qui surplombe le stade, principal sponsor de l’équipe. Une fois dans la rue et passé les clodos qui, pour quelque cents, chantent en boucle les chansons de supporter dont ils ne comprennent même plus le sens des paroles, la faim vous mènera dans ces fast-foods du futur, sans tables ni chaises, composés uniquement de rangés d’échangeur dollar/hamburger en plexiglas, derrière lesquels un employé au regard vitreux vous accorde 20 secondes pour dire votre commande (en général toujours la même) au bout d’un micro… Puis vous rentrez chez vous dans les embouteillages. Mais au fait, pourquoi subit-on encore des embouteillages dans une ville pourtant abandonnée de la moitié de sa population ? Simplement parce que les horaires de travail et d’entertainment sont toujours millimétrés à la seconde près. Ce sont des flux d’humains réagissant aux mêmes sons de cloche, au même instant…Dès lors, on ne peut s’empêcher de penser que si la municipalité (ou General Motors) avait réellement créé une machine à faire respecter la loi, dans ce Renaissance Center, à côté duquel le palais des congrès se nomme COBO, reliés entre eux par le PEOPLEMOVER, ne l’aurait-il pas appelé à coup sûr : ROBOCOP ? C’est la ville entière qui est construite comme une immense chaîne de travail automatisé. Et Robocop est à son image, à un degré supplémentaire : il n’est pas seulement automatisé dans son esprit mais aussi dans sa chair, violentée par l’OCP…


Sans doute le premier cinéaste à avoir vu dans les usines de montage à la chaîne des usines Ford, la mécanisation à l’extrême de l’être humain, Chaplin n’hésite pas lui-même à violenter la chair dans sa séquence de la machine à manger, qui permet à l’ouvrier de travailler tout en se nourrissant. L’image matricielle de la machine, réduisant le pouvoir de décision de l’ouvrier au point de quasiment le transformer en nourrisson, se retrouve dans la nourriture pour bébé que Robocop est condamné à faire pénétrer par un trou métallique. Et la perte de contrôle de la machine à manger par les ingénieurs en blouse blanche est reprise avec une violence mémorable dans une des premières scènes de Robocop ; quand le premier prototype de robot réduit à l’état de chair à saucisse un pauvre cadre qui servit de cobaye pour la dernière fois de sa vie. Dans les Temps Moderne, la vision cauchemardesque de l’homme pris dans les rouages de la machine ne trouve pas meilleur descendant que Robocop lui-même, dont la vision n’est même plus celle d’un homme, mais d’un écran vidéo, noyé de directives informatiques. Écran de contrôle, écran de télévision surtout, ils sont pour Verhoven les nouvelles machines à manger de Chaplin. Dans les bars qui entourent le stade de Detroit, vous buvez votre bière devant un mur d’écrans passant les matchs en boucle. La télévision permet d’empêcher de penser, et surtout d’entretenir la mécanisation des pensées par une grille de programme cadrée sur mesure, où le peuple est sommé de rire lorsque le présentateur prononce la phrase : « j’en prendrais pour un Dollar… », mais que sont ces fameux rires artificiels dans les séries américaines, sinon un principe d’automatisation du rire ? Au fond, Robocop, comme le personnage de Charlot, sont tous deux les tristes cobayes d’une puissance industrielle qui, ayant déjà trouvé le moyen de robotiser les esprits, cherche dorénavant à appliquer les mêmes méthodes avec le corps… « Robocop est un flic qui ne dort pas, qui ne mange pas »… Proclame Norton lors de la conférence de Presse…

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100% contrôle…

Les policiers de Detroit vous diront sans la moindre émotion que les quartiers à moitié vides de la ville ne sont plus visités par la police, qui a abandonné l’idée de la ronde au profit d’un système d’information sur bases de données. Ainsi, lorsqu’un enquêteur à besoin d’information sur un de ces quartiers, il consulte ces bases de données. Suite à son enquête, il réactualisera éventuellement certains fichiers, archivant ainsi ces quartiers fantômes sous forme numérique. Ces bornes informatiques sont dans le film, que consulte Robocop afin de découvrir la vérité sur son identité. C’est un moment clef du film. Devant la photo de son ancien visage humain sur lequel s’inscrit le mot fatal deceased il comprend à quel point le contrôle de son esprit était jusqu’alors total, et que sa part d’humanité était morte. Son cerveau subira alors un choc violent qui le poussera vers des attitudes étranges, des souvenirs douloureux, qui l’immobiliseront parfois en pleine action, il fera des cauchemars. De même, l’automatisation extrême de la vie des habitants de Detroit était parvenu à un tel paroxysme durant son apogée, que l’on reste rêveur lorsque l’on apprend qu’aujourd’hui, suite à l’effondrement de l’industrie, la ville est devenu un laboratoire géant pour les neurologues américains. La ville entière souffre en effet de pathologies, à l’instar de Chaplin devenant fou à lier, prêt à visser n’importe quel objet ressemblant de près ou de loin à un boulon. Imaginez deux millions d’habitants habitués à visser des boulons à la chaîne, puis du jour au lendemain, condamné à se poser la question du sens de cette vie devant les ruines de leurs anciennes usines, sans argent ni foyer.

Lorsque, décidé à retracer l’histoire de cette vie volée, Robocop visite son ancienne maison, celle-ci est vidée, simplement occupée par un écran de télévision vantant les mérites de l’habitat. La voix du présentateur se confond avec ses souvenirs. Il se rappelle cette vie de banlieue, celle du fameux rêve américain, que vante le présentateur : faîte d’amour et de télévision. Une fois de plus, cette séquence fait directement référence à la ville, où plus de la moitié des maisons ont été également abandonnées par des familles qui ont cru à ce rêve, et qui laissent dans ces murs, les fantômes de leurs souvenirs, ceux d’une vie calquée sur le voisin, se clonant à l’infini, tels des logos COBO sur une moquette… Dans le film, où les souvenirs de Robocop se confondent avec le discours du présentateur télé, une ambiguïté s’installe : cette vie classique que lui a volée l’OCP, que valait-elle au fond ? L’image d’un fils abreuvé de série télé débilisante, d’une femme qui lui fait des déclarations d’amour cliché, calquée sur Hollywood, cette chambre banale, cette maison banale, est-ce une vie séduisante, ou bien une vie clonée, automatisé par les rouages de la vie ?... La scène conclut avec le poing de Robocop venant défoncer la télévision…

Le désenchantement ultime de Robocop/Murphy se produira devant le numéro 2 de l’OCP, dans son bureau, au cœur même du système… Venant l’arrêter pour corruption, il sera confronté à la fameuse directive 4 : un robot OCP ne peut se retourner contre un dirigeant OCP… Ainsi, dans sa quête d’humanité, son sens de la justice se retrouve en porte-à-faux avec la réalité du système : les vrais responsables de la violence ne sont pas forcément les pauvres aliénés des rues contre lesquels il fut programmé, mais aussi bien les dirigeants, qui agissent sur le monde en marionnettiste. Robocop découvre, tel un enfant naïf que les machines ne sont pas seulement en lui, mais au cœur même de chaque cerveau humains, qu’il n’y a pas de différence entre un robot qui obéit à son maître en lançant des roquettes et des voyous qui obéissent à leurs instincts basiques en tuant un flic à coup de fusils à pompe, ou encore que cette armée de policiers fusillant le Robocop par ordre indiscutable, venu d’en haut…

Plus tard, tandis qu’une grève de la police plonge la ville dans l’anarchie en référence à la plus destructrice émeute des USA qui eu lieu à Detroit en 1967, notre héro se réfugie dans une de ces nombreuses usines désaffectées de Detroit, et enlève enfin son casque pour redécouvrir son visage,. Aujourd’hui, ces mêmes ruines sont envahies par la végétation et par les animaux, dans un biotope alimenté par de véritables rivières artificielles issues de fuite d’eau dont la municipalité ne se soucie plus. En un sens, ces usines redeviennent les espaces sauvages que l’industrie américaine a jadis colonisés. Dans ces lieux en suspens, Robocop réapprend à tirer tout comme Clint Eastwood dans Et pour 1500 dollars de plus, cow-boy fatigué, régénérant sa force dans une grotte, pour retrouver sa place d’homme dans ce monde de pouvoirs. Detroit, ville sinistrée, à moitié fantôme, Detroit, ville western, dont les habitants, ayant vécu 50 ans d’effondrement de ce qui avait été pour eux les valeurs induites de ce monde industriel, commencent aujourd’hui à se demander sérieusement si la vie à l’ancienne n’est pas la voie du futur… Plantant des légumes, élevant des chèvres, des poules, dans tous les endroits vacants qu’ils pourront récupérer, les urban farmers ont abandonné l’idée de la ville d’autrefois, faite de chaîne et d’acier, ils veulent revenir à l’esprit de la terre, celui des premiers temps de l’Amérique, où le lopin de terre suffisait pour survivre et être américain, loin des normes fédérales. Dans la ville, comme dans le film, c’est maintenant le retour aux valeurs de l’individu, ne luttant au fond, que pour sa propre survie. Et c’est seulement ainsi que la société peut redevenir juste. Robot a grandi, et s’entraîne à présent à tirer sur ses flacons de nourriture pour bébé…

À la dernière scène, après avoir descendu le méchant et ranger son gun sans oublier de le faire tourner, il se présente comme Murphy aux dirigeants de l’OCP avant de reprendre sa route vers l’horizon.

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No futur…

Aujourd’hui, le vieux Detroit est finalement presque entièrement nettoyé de ses zombies à force de présence policière, tandis que le maire est en prison. L’avenir de Detroit n’en reste pas moins incertain : va t-elle redevenir une ville habitée ou bien, si l’on en croit les urban farmers, une sorte de campagne rurale post-apocalyptique ? Au fond, peu importe, chacun croit à son propre avenir, les Américains ont toujours fonctionné ainsi. Mais l’on ne peut s’empêcher de regarder ces urban farmers comme des cow-boys de fantasme, tendant vers un idéal du passé qui n’a peut-être au fond jamais eu lieu. A propos, quand Verhoven filme son Robocop en cow-boy ; croit-il vraiment à cette idéal ou s’en moque-t-il ? La manière de Murphy de faire tourner son revolver avant de le ranger dans son étui n’est-il pas un cliché qu’il reproduit après digestion de cet immense culture du western ? Il le dit lui-même, au tout début du film ; il ne fait que reproduire le geste de TJ LAZER, héro de la série débile que regarde son fils à longueur de journée à la télévision. Chez Verhoven, se cache toujours une ambiguité derrière le signe, comme lorsque Robocop visite sa maison abandonnée : regrette-t-il sa vie de banlieue, ou apparaît-t-elle comme un cauchemar ? Le cow-boy héroïque existait-il vraiment ? N’est-ce pas également un mythe, rentré de force dans l’imaginaire américain via Hollywood, qu’incarne si bien l’acteur Ronald Regan ? Les Urbans Farmers ne vivent-ils pas eux-mêmes un rêve produit par l’histoire et par Hollywood ? Le retour à la terre n’est qu’une image idéale, tout comme celle de Starlette O’hara, au milieu des ruines de sa maison familiale, à la fin d’Autant en emporte le vent.

Verhoven a compris que chaque Américain vit avant tout dans les rêves mécaniques instaurés par le pouvoir collectif. Peu importe la définition de ce pouvoir, il est multiple et fait partie de l’ensemble de la société, il est aussi bien Hollywood que Wall Street, aussi bien le stade que le Renaissance Center, aussi bien le trader que le paysan. En tant que cinéaste, Verhoven choisit naturellement Hollywood comme terrain critique, plaque tournante du rêve institutionnel, inculqué de manière continue et automatique au peuple, comme la machine à manger de Chaplin. Il se sert d’Hollywood, de ses signes et de ces automatismes, afin d’introduire dans les yeux du peuple sa vision critique. Ce sont les troyens séduits par l’offrande de l’ennemi, qu’il ramène en leur sein, sans savoir que ce trophée est un leurre. Robocop est en apparence un film pour gosse, mais il délivre pourtant un conte résolument punk, où le personnage meurt deux fois, pour renaître à chaque fois prisonnier de nouveaux clichés, de nouveau automatismes. À l’image de cette ville morte dans les années 70, qui, quelle que soit la direction qu’elle prendra dans l’avenir, ne suivra forcément que les clichés induits en chaque Américain.

Est-ce un hasard si un des surnoms de la ville de Detroit est Troy ?... C’est bien la mécanisation des esprits qui est au coeur du cheval Verhoven, et qui trouve dans le scénario de Robocop, et dans la ville de Detroit, son illustration la plus parfaite.


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